Le deuil est une vraie difficulté …Difficulté à refaire surface, difficulté à continuer à vivre sans la personne disparue. Tous les deuils sont compliqués, je ne vais pas déclarer ici que le deuil d’un parent est plus difficile qu’un autre.

Je vais juste vous parler de mon deuil à moi.

Ce 16 octobre 1986, maman, comme tous les matins, tu m’as emmené à l’école! il était 8H30. Tu es repartie à la maison avec mon frère, puisqu’à 10 mois, on ne va pas encore à l’école! Moi j’étais l’aînée! ta grande fille de 7 ans!!!

A 11h30, comme tous les jours, j’ai attendu que tu viennes me chercher pour rentrer manger à la maison. Mais tu n’es jamais arrivée. Tu m’as laissé tomber, comme une vieille chaussette. Tu m’as abandonnée sans prévenir. Aucun signe avant coureur, rien! Tu as juste disparue. Si rapidement que c’était irréel. Irréel déjà parce que mourir à 30 ans, c’est super rare. Irréel aussi parce que tu n’étais pas malade. Comment tu as pu t’effondrer comme ça d’un coup? Comment est-ce possible que les pompiers n’aient pas pu te réanimer?

Quand on a 7 ans et qu’on vous dit que votre maman est montée au ciel, ben c’est pas très clair…Quand on vous dit que vous ne la reverrez plus jamais, vous avez du mal à réaliser. Qu’est ce qu’on va devenir? Mon frère et moi devenions orphelins, comme ça, en 1h de temps.

Le travail de deuil m’a pris 26 ans. Vous avez bien lu, 26 putains d’années, à se torturer la tête, à se dire pourquoi nous? pourquoi si tôt?

J’ai été élevée par mes grands parents paternels, et bizarrement, c’est quand j’ai perdu ma grand mère (clairement ma deuxième mère) que le poids de la mort de ma mère s’est volatilisé. Allez comprendre, j’ai essayé pendant tellement longtemps de grandir sans maman, de m’épanouir. J’avais l’impression d’être tellement seule alors que j’étais très entourée.

Perdre un être cher, c’est l’une des choses les plus horribles qui soit. On n’y est pas préparé, et même quand c’est inéluctable, quand ça arrive, on ne voit que le vide. Je n’ai pas ressenti de vide jusqu’à mes 16 ans. J’étais heureuse, entourée et chérie par ma famille et mes amis. Quand un jour j’ai réalisé que j’avais vécu presque 10 ans sans ressentir de réel manque de maman, là j’ai fondu les plombs…je suis partie en sucette et … j’ai culpabilisé, à m’en rendre malade. J’étais vraiment une fille indigne! Comment ne pas être en manque d’une maman alors qu’on est en pleine construction? que l’on a besoin de s’identifier à celle qui était censée nous guider dans la vie? Toujours est-il qu’à cette période de ma vie, je ne supportais pas mes copines quand elles parlaient de leur mère (en bien ou en mal) Je devenais assez vite agressive.

Encore et toujours cette culpabilité qui vous bouffe. Comment j’avais pu être heureuse toutes ces années sans elle?

J’ai très mal vécu mon passage à la trentaine, j’étais persuadée que j’allais mourir. Tous mes proches amis m’ont charrier d’ailleurs le jour de mes 30 ans. « Ben quoi??t’es encore vivante??? » Avec le recul c’est drôle. Pourtant, j’étais pas fière… j’étais vraiment persuadée d’y passer!

Pendant tout ce temps, je me rendais malade parce que j’avais honte d’être heureuse. Honte de vivre  alors que ma mère n’avait plus cette chance.
Tous les deuils sont compliqués…

…ça, c’était juste le mien.

2 commentaires

  1. Je n’sais quoi doire..
    Bouleversant et poignant..
    Je peux juste te dire, sois..
    Je te souhaite beaucoup de joie et de bonheur 💗💗💗

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